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Forum des archivistes français 2016 à Troyes : des archives toujours plus Net

Forum des archivistes français 2016 à Troyes : des archives toujours plus Net

2016_Troyes_TTACLe Forum meta/morphoses réunissant durant deux jours à Troyes l’ensemble des Archivistes français a ete l’occasion pour plusieurs centaines d’archivistes français et étrangers d’assister ou ce participer activement à une série d’ateliers, de conférences et à l’Assemblée Générale de cette association professionnelle avec un grand nombre de présentations stimulantes et en prise directe avec la réalité numérique du moment.

 

 

Durant les conférences plénières du Forum des archives, nous avons en particulier retenu des discussions pointues, mais néanmoins éclairantes, sur l’évolution des visions théoriques en matière de gestion des cylces de vie des archives. Une conférence balaya notamment le paradigme des trois cylces de vies des archives largement utilisé depuis les années 70 avec la répartition entre archives courantes, archives administratives jusqu’à cinq ans, archives intermédiaires jusqu’à 50 ans et archives définitives au-delà… pour mieux le contredire via des théories plus récentes qui intègrent les usages au centre de la démarche. Ainsi, le « Records Manager » se situe-t-il au coeur de ce nouveau paradigme continuellement au centre d’une représentation avec quarte points cardinaux entre lesquels il doit arbitrer des choix   : avec un axe horizontal comprenant la valeur intrinsèque de l’archive et à l’autre bout l’activité humaine autour de cette archive, tandis que sur un axe vertical les variantes sont liées au process d’archivage et à la nécessité de preuve. Ce paradigme, plus récent, est particulièrement approprié à la conservation numérique, il présuppose en effet que l’archive est un document constamment en évolution, un sorte d’organisme vivant au milieu des usages multiples de la société qui l’environne.

Interopérabilité et signature électronique à l’échelon européen 

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Hervé STREIFF – Responsable Conformité et Sécurité de l’Information – LOCARCHIVES

Il fut aussi question au travers d’une conférence notamment co-pilotée par Locarchives et le service interministériel des Archives de l’application prochaine de la normalisation juridique de la signature électronique qui bénéficiera au 16 juillet 2016 de la même force juridique que la signature manuscrite partout en Europe. Dans le cadre de la préservation de documents administratifs, il va de soi qu’une telle évolution va nécessiter l’expertise de tiers de confiance qui vont qualifier les procédures supplémentaires de signature électronique des documents.

Rappel des faits : en août 2014, était publié au Journal Officiel de l’Union Européenne le règlement (UE) n° 910/2014 sur l’identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur, autrement appelé « règlement eIDAS ». Prenant acte d’un manque de convergence des dispositifs de confiance électronique (signature, horodatage électroniques…), le règlement eIDAS vise à imposer un cadre contraignant pour développer des services interopérables dans toute l’Union Européenne. Mais il est également ambitieux dans son périmètre puisqu’au-delà des services de confiance, il fonde un système d’identification électronique transfrontalier, auquel la France prévoit de participer via son projet « FranceConnect ».
Surtout, via eIDAS, la législation européenne pourrait inclure pour la première fois dans son champ l’archivage électronique, sans toutefois le nommer. Le règlement eIDAS définit l’usage d’un service de confiance de « conservation de signature électronique qualifiée ». La Commission Européenne veut « permet[tre] d’étendre la fiabilité des signatures électroniques qualifiées au-delà de la période de validité technologique ».  A l’heure où la norme française par excellence de l’archivage électronique, la NF Z 42-013, est en cours de révision, la question est d’importance pour savoir si les responsables de systèmes d’archivage électronique devront à l’avenir se conformer aux normes édictées par l’ETSI ou le CEN. En parallèle de cette évolution des normes européennes et de ce mouvement général vers la dématérialisation des documents signés, nul doute que va se mettre en place dans les mois qui viennent une chaîne de conservation numérique signée sur la base de tiers de confiance certifiés.

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Pour conduire son chantier ambitieux de numérisation et médiation des collections, Les Arts décoratifs reçoivent le soutien financier de la Fondation Bettencourt Schueller

Péréniser les archives… et les outils de médiation des musées

Catherine Collin, responsables du service des publics du musée des Arts décoratifs de Paris a eu l’occasion d’exposer quelques exemples de son travail de médiation autour d’applications fixes ou mobiles à forte connotation artistique et expérimentale, comme Decorative réalisée par Pierre Giner et qui reposait sur la reconnaissance de formes, de couleurs et de mots clés en rapport avec les œuvres exposées dans le musée et moissonnait via une recherche croisée au sein des différentes bases de données du musée (les arts décoratifs comptent six bases de données différentes utilisant les logiciels Micromusée avec une mise en ligne par Skin Soft et Decalog).
Au-delà des cas d’usage de médiation basées sur des archives de collection, Catherine Collin attira l’attention sur deux aspects qui interrogèrent l’assistance. Primo, la pérennité des applications mobiles de médiation, qui, bien souvent ont une vie éphémère et ne peuvent pas s’incrémenter facilement au sein des archives d’une institution (à moins de les stocker sous forme d’émulation). La responsable du service des publics donna aussi, sans jugement de valeurs au regard des responsabilités de chacun, quelques éléments de comparaison entre le montant des aides distillées par l’Etat pour la numérisation des collections, qui eut le mérite d’initier et de démontrer la faisabilité des opérations, tandis que la Fondation Bettencourt Schueller a apporté une aide conséquente aux différents axes indispensables à la mise en ligne, de la restauration des oeuvres, à leur numérisation, et à l’exposition en ligne et dans les salles via des cartels numériques, de l’ensemble des données établies par la conservation des musées.

Rendre les archives visible au milieu du maelström du web
Et, le travail de numérisation et d’indexation des collections pour les musées comme pour bon nombre d’institutions patrimoniales reste de taille, comme le montrait ensuite Roman Wenz, conservateur du patrimoine et chef de projet au Service interministériel des archives de France. Il soulignait, chiffres à l’appui, l’ampleur de la tâche. Un travail de fourmi, d’autant plus important, qu’en quinze ans on est passé d’un mode de recherche via des portails à une recherche sur le web principalement par le biais de moteurs de recherche et de mots clés. « Les moteurs de recherche en langage naturel ont rendu en partie obsolète la logique de recherche en entonnoir de la recherche multi-critères allant du général au particulier, pour une logique basée sur la recherche de proche en proche sous forme d’entonnoir inversé dans laquelle les gens tapent un ou plusieurs mots clés précis et ensuite élargissent leur recherche s’ils ne trouvent pas leur bonheur. D’où l’importance prépondérante des métadonnées associées à une archive ».

De même, Romain Wenz dressa à grand trait les principes de la « Longue traine » qui permettent, au-delà de la période de première exposition d’une œuvre qui draine un large public mais sur laquelle la concurrence est exacerbée, de découvrir de nouveaux débouchés aux archives sous forme de niches thématiques des années plus tard souvent grâce aux archives qui font échos au présent. D’où l’intérêt de bien identifier les objets d’archive ou de collection et d’où aussi la nécessité de réexposer les données le plus largement possible à différents endroits du web. Suite à cet exposé revigorant de l’état de l’art des logiques d’exposition des archives sur le web s’en suivit un échange sur la « cuisine » interne à réaliser en back office pour créer une ontologie pertinente autour de collections d’archives afin de créer le maximum de liens sémantiques qui garantiront une recherche rapide et efficace sur le web, que ce soit pour des besoins pointus ou plus larges.

De nouvelles formes d’édition des archives… et d’annotations collaboratives
De ce point de vue, le travail universitaire exposé par deux chercheuses Florence Clavaud et C. Nougaret sur l’édition de testaments manuscrits de la Grande guerre avec un gros travail d’indexation selon le protocole TEI (Text Encoding Initiative est un principe d’en-tête XML très structurée), était particulièrement parlant sur les possibilités encore non explorées de mise en valeur sur le web d’archives scannées, mais non « océrisables ».

De même, trois projets récents d’annotations collaboratives des archives à l’échelon d’un département ou d’une ville furent présentés à Troyes, quelques exemples significatifs des usages en la matière après quelques années de reculs.  A noter, que d’après une étude récente seize services Internet d’Archives de France propose de l’indexation en ligne. Le dispositif d’annotation collaborative développé entièrement en interne par le Département de Seine Maritime propose au public des fonctionnalités très évoluées pour participer à l’enrichissement de la base de données des registres de matricules de 1887 à 1921 qui représentent 272 186 conscrits dont la plupart ont participé à la 1ère Guerre mondiale. Le Département a mis en place entre autres fonctions : un moteur de recherche afin de faciliter l’accès à ces fiches par noms, prénoms, année de classe et bureau de recrutement, mais aussi un principe d’enrichissement en ligne de l’indexation directement dans l’image du document via un « visualiseur ». Après des débuts timides en janvier 2015, le site des archives départementales (www.archivesdeparementales76.net) reçoit désormais régulièrement 1200 visites et un nombre d’annoteurs en constante progression, dont seuls quelques dizaines cependant sont véritablement actifs de manière assidue. Même constat sur le public concerné par les annotations au sein des archives de la ville d’Orléans qui a entamé un travail du même ordre auprès d’une population plus restreinte et sur des typologies de documents d’archives. Enfin, l’exemple des archives départementale de Vendée démontrait à son tour qu’une démarche proactive vis à vis de la communauté des annoteurs volontaires récompensé de manière significative, pour peu que des efforts soient réalisé en termes d’animation collective via des défis réguliers et via le suivi individuel parfois par email. Chacun des porteurs de projets insista aussi sur la nécessité de fédérer les annoteurs motivés, peu nombreux mais rigoureux et fiables dans la durée.

Valorisation multiples des archives de la Grande Guerre en l’Ile et Vilaine 
Dans le registre de la recherche de passerelles entre le travail d’archiviste et la médiation du web, Jean-Yves Le Clerc, Chef de service des archives Départementales de l’Ile et Vilaine, présenta, en compagnie de Limonade & Co une série de projets de mise en valeur des archives particulièrement éclairants réalisés à l’occasion de la commémoration de la guerre 14-18. Le premier projet à aboutir consistait à mettre en ligne une masse de « Sons de l’arrière » décrivant l’ambiance hors du front de la Grande Guerre. Deuxième projet « Le Guide des sources » a permis de créer une interface en ligne suffisamment ergonomique pour inciter l’internaute à moissonner parmi une base de données de 9000 archives différentes du premier conflit mondial.

Enfin, le dernier projet sorti au printemps 2016, baptisé « Docgame » consistait à proposer un jeu avec des archives sur la base d’une histoire en Bande dessinée. Ce dernier projet, dont le budget de réalisation était de 35 000 euros (à quoi s’ajoutait un AMO de 10000 euros), a été le plus difficile à accoucher du fait d’une mauvaise évaluation de la part du studio de production de la masse de travail en matière de dessins. Toutefois, Jean-Yves Leclerc, d’un naturel semble-t-il positif, n’a pas voulu sancrtionné le studio afin de mener à son terme ce projet particulièrement novateur, dont la promotion auprès du public est assurée par un teaser diffusé sur youtube et dans les salles de cinéma.

Les réseaux sociaux, outil efficace pour ouvrir les archives à de nouveaux publics

Il fut également largement question de Community Management sur les réseaux sociaux lors de cette édition du Forum des Archivistes au travers de différents témoignages autour des initiatives prises par Jérémie Halais (chargé de médiation culturelle et numérique aux Archives Départementales de la Manche), Chantal Rio (Responsable du service et de la section archives contemporaines aux archives de Brest) et Hugues Courant (Responsable de la section des archives historiques de Brest). Chacun eut le soucis, chiffres à l’appui, de démontrer que l’audience sur les réseaux était loin d’être anecdotique pour la valorisation des archives, tout en expliquant que le ton à employer sur les réseaux sociaux doit s’écarter d’un discours purement scientifique afin de parler aux émotions des internautes… via la vue par exemple d’une photo d’un monument disparu, d’un événement marquant du passé. Ce que l’un des archivistes résumait ainsi : « Il faut dire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux ». Chacun fit aussi le constat de la nécessité d’un tâtonnement sur le plan éditorial, afin de tester ce qui marche ou ne marche pas auprès du public. Ainsi, les séries thématiques fonctionnent assez mal, de même que l’identification d’un lieu, d’un personnage, tandis que les détournements d’images d’archives ou les défis lancés aux internautes… suscitent l’adhésion sur facebook. Chacun indiqua également la différenciation des publics entre facebook qui draine un public très large et twitter où les chercheurs en histoire sont plus souvent présents.

Les industriels présentent leur nouveauté

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Détail du traitement numérique sur pellicule conçu par le norvégien Piql

Dans les allées du centre des congrés de Troyes, les industriels étaient également très présents avec des nouveautés intéressantes, comme la société norvégienne Piql, précédemment conceptrice du scanner Cinevator dédié à la restauration des films, qui lance sur le marché européen un nouveau procédé d’archivage numérique sur pellicule 35 mm. La durée de vie estimée du support film est estimée à 500 ans et le procédé de recopie des signaux numériques sur pellicule est ici redondé à hauteur de 17 % et donc particulièrement robuste. Le procédé PIQL permet de stocker sur une bobine de 1000 mètres 100 Go de données en numérique et des images analogiques de l’archive qui a été scannée.

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Emmanuel Fremau, Marketing and Business Development Manager at Arkhênum

Arkhenum, un des tout premier spécialistes de la numérisation de gros volumes d’archives documentaires que ce soit pour les entreprises privées ou le secteur public était actif via la présentation de plusieurs cas d’usage dans lesquels il montrait la palette des outils (la société compte plus de 50 scanners principalement manuels) et savoir-faire qu’il déploie depuis seize ans. Elle s’est depuis quelques temps déjà dotées de fonctionnalités web dédiées à la valorisation des archives sur le web comme la possibilité de placer celles-ci sur une frise chronologique, de proposer la géolocalisation des archives numérisées selon trois méthodes différentes, la recherche par facettes, le recadrage à la volée des images et leur enrichissement en métadonnées… De même, la solution d’exposition sur le web d’Arkhenum est commercialisée sous deux formes aujourd’hui sous forme de licence ou bien en mode SaaS suivant le nombre de vues.

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About The Author

Marc Bourhis

IstoryLab est un site de partage d'informations que je suis amené à récolter dans le cadre de mon activité consacrée à l'innovation numérique dans les domaines de la préservation et de la valorisation des patrimoines, de la médiation culturelle sur le web ou sous forme d'applications mobiles, in situ dans les musées ou les lieux touristiques ... Ces informations vous permettrons, je l'espère, de décrypter les nouveaux scénarii d'usage des innovations numériques.

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