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Gédéon Programmes : de la production de documentaires historiques aux applications mobiles

Gédéon Programmes : de la production de documentaires historiques aux applications mobiles

Rencontre avec Marie Thiry, Productrice exécutive en charge des nouveaux médias chez la société de production de films documentaires historiques Gédéon Programmes qui, aujourd’hui se tourne de plus en plus vers les monde des applications mobiles lancées en parallèle de ses productions audiovisuelles.

Istorylab – Votre collaboration avec les diffuseurs TV autour de la création d’outils numériques de médiation culturelle a débuté au printemps 2015 avec la création de l’application « Le Voyage d’Adeline, la girafe » conçue à l’occasion de la réouverture du Zoo de Vincennes, expliquez-nous comment vous avez travaillé sur ce projet ?

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Marie Thiry – Nous avons réalisé une application iPad complète distribuée en parallèle de la diffusion d’un film documentaire de 52 minutes sur France 2 et d’une série de 10 x 26 mn pour France 5 autour de la réouverture du zoo de Vincennes. Le groupe France Télévisions voulait accompagner cette réouverture d’un blog quotidien sur la vie du zoo que nous avons animé avec nos équipes de journalistes sur place qui filmaient l’arrivée des animaux, les premiers pas, les premiers soins… En parallèle du blog du Zoo a été édité le compte twitter d’Adeline la Girafe qui a servi de base à l’application, en tant que personnage star du nouveau zoo de Vincennes. Et comme cela a bien marché (5000 followers), nous avons proposé de développer une application ludo-éducative co-financée par FranceTV Education, les nouvelles écritures de France TV et le museum d’histoire naturelle gérant le Zoo. Nous tenions le rôle d’agence de conseil et de communication au sein de cette collaboration réussie musée-diffuseur. FranceTV était éditeur de cette application iPad Le voyage d’Adeline la girafe et en tant que telle a fait la promotion de l’application à l’antenne avant et après la diffusion des documentaires sur la réouverture du Zoo. Cette application a été correctement financée via la mutualisation des ressources à hauteur de 70 000 euros tandis que le contenu éditorial était en partie pré-existant.

Pour cette application 6-9 ans, nous avons travaillé avec un conseiller pédagogique du muséum pour les contenus pédagogiques en lien avec les programmes scolaires et avec les nouvelles écritures sur la narration. Il s’agit d’une exploration assez libre qui n’est pas contrainte comme peuvent l’être les jeux d’enfants.

L’idée était de reprendre la carte du zoo et d’inviter les enfants à suivre Adeline la Giragfe à explorer le monde. Au début de l’expérience, l’enfant peut créer son passeport et se prendre en photo ce qui permet de personnaliser l’expérience. Il découvre par la suite les biozones du Parc Zoologique de Paris. Le zoo a en effet reproduit les zones naturelles afin que les animaux se sentent dans leur environnement d’origine. Quand l’enfant touche les animaux, il a des infos qui ont été apportées par le conseiller pédagogique du zoo et des jeux comme par exemple celui du loup : il faut hurler devant sa tablette ce qui fait sortir les loups des bois qui à leur tour se mettent à hurler et ainsi démontrer comment les loups communiquent entre eux.

Nous avons utilisé toutes les fonctionnalités de la tablette et travaillé en interne sur le graphisme comme sur la musique en utilisant beaucoup de petites séquences d’animations permises par la programmation en Actionscript 3. Ainsi, il était possible également de développer une exploration assez libre au sein des 5 zones de jeux avec à l’issue de cette progression la possibilité de participer à un quizz sur le Zoo. Le jeu est de ce fait assez intemporel et aléatoire permettant aux enfants d’y jouer et rejouer plusieurs fois sans se lasser. De même, l’interfaçage facile avec le monde du web a permis de relier l’application au site du Parc Zoologique de paris et aux enfants d’enregistrer la photo sur leur appareil.

Pour réaliser cette application iPad en interne, Gédéon Programmes s’est appuyé sur les compétences d’un concepteur indépendant Benjamin Gibeaux qui a également composé la musique. Fort de cette première collaboration réussie autour d’une fiction personnalisée, Gédéon Programmes va expérimenter en tant que principal éditeur cette fois une forme encore plus interactive d’application basée sur des animations générées de manière aléatoire et personnalisée suivant les actions des utilisateurs.

S’appuyant sur le savoir-faire de Benjamin Gibeaux à nouveau, cette future application baptisée Dystopia qui doit être publiée en 2017, emmènera l’utilisateur de l’appli dans l’univers d’une machine qui créée une musique officielle et toute une ville qui travaille à faire marcher cette machine tandis que le « spect-acteur » a la possibilité en interagissant avec l’application de créer sa propre musique alternative… interdite. Gédéon programmes travaille actuellement à l’élaboration de cette mécanique narrative complexe, avec des check-points obligés au sein de la dramaturgie et des moments d’interactivité plus libres. Dans ce second projet, l’application sera couplée avec la production d’un film documentaire sur les expériences de recherche actuelle en matière de génération artistique par ordinateur un peu à la manière des images créées par ordinateur par Google Deep dream durant l’été 2015.

Istorylab – Vous venez également de co-éditer avec FranceTV et Radio France « Sur les bancs »*, une application de médiation culturelle pour Smartphones largement basée sur la géolocalisation d’histoires à l’intérieur de l’espace public. Comment avez-vous travaillé sur cette application novatrice sur le plan technique et éditorial ?

Marie Thiry – iPour cette application largement basée sur la géolocalisation, nous avons eu un autre parti-pris consistant à ne pas forcer les utilisateurs à télécharger une application native parfois synonyme de surcharge de la mémoire des smartphones, mais de leur proposer d’accéder indifféremment au contenu de « Sur les bancs » via une webapp ou une application native. Nous nous sommes dit que l’utilisateur voudrait télécharger l’application après avoir expérimenté la webapp.

Que ce soit via la web app ou l’app native, tout commence par le scan d’un QR code placé en dur sur les bancs des principaux jardins publics parisiens. Les histoires sont alors distribuées en streaming ou directement à partir de l’app vers l’utilisateur qui entend une saynète d’une dizaine de minutes enregistrée par des comédiens à l’aide d’un son binaural. Ainsi, l’utilisateur se retrouve immergé dans une fiction renforcée aussi par le son spatialisé et des bruitages en lien avec le lieu qu’il visite.

Pour la Nuit blanche en octobre 2015, nous avons réuni toutes les histoires autour d’un kiosque et une quinzaine de bancs à l’intérieur du Square des Epinettes. Ainsi, près de 1500 personnes ont pu écouter les histoires en passant d’un banc à l’autre.

Notre idée est de permettre à cette application de continuer de vivre et de se développer sur Paris et dans d’autres villes. Nous explorons la possibilité de continuer à créer des histoires avec France Culture, mais de manière plus ponctuelles comme sur le prochain festival « Etonnants Voyageurs » qui se déroule à Saint Malo. Par ailleurs, nous creusons la piste d’un partenariat avec le museum d’histoire naturel autour de contenus qui seraient plus liés à faune et flore parisienne. Le salon du live à Metz souhaiterait décliner notre application de façon événementielle. De même, l’INA réfléchit avec nous sur la possibilité d’adapter « Sur les bancs » à de grands événements du passé qui pourraient être géolocalisés et illustré par des archives sonores de l’INA. De même, la Mairie de Paris nous a demandé de réfléchir sur des contenus géolocalisés pour les cinmétières.

Nous sommes aussi en train de travailler sur une déclinaison de « Sur les bancs » éditée en parallèle d’un film documentaire en cours de production pour Arte (diffusion prévue à l’automne 2016) relatant la restauration des fresques de Eugène Delacroix. Les peintures de Delacroix étant répartie dans plusieurs églises parisiennes, nous avons en effet l’idée de géolocaliser les histoires de ces peintures et de leur restauration.

Pour concevoir « Sur les bancs », Gédéon Programmes a fait appel à une société de développement d’applications mobiles Southside-interactive ainsi qu’à une graphiste freelance Louis Rigaud qui a également réalisé le design d’interface et la navigation. Pour le mixage des voix, les bruitages et surtout la spatialisation du son en binaural, l’IRCAM et France Culture ont fait des apports en industrie en fournissant aux ingénieurs du son qui ont travaillé sur les histoires des licences d’utilisation et des machines permettant de réaliser un son 3D audible avec de simples écouteurs. A noter enfin sur le plan technique que nous réfléchissons aussi à la possibilité de géolocaliser les bancs et les histoires de manière plus précise et dynamique grâce à des ibeacons.

*L’application « Sur les bancs » a en décembre 2015 reçu la mention spéciale du jury dans la catégorie « Meilleure Application de réalité Virtuelle, Réalité augmentée, 360 » lors du Trophée des Apps décerné par un jury constitué par NPA, Facebook, Orange.

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About The Author

Marc Bourhis

IstoryLab est un site de partage d’informations que je suis amené à récolter dans le cadre de mon activité consacrée à l’innovation numérique dans les domaines de la préservation et de la valorisation des patrimoines, de la médiation culturelle sur le web ou sous forme d’applications mobiles, in situ dans les musées ou les lieux touristiques … Ces informations vous permettrons, je l’espère, de décrypter les nouveaux scénarii d’usage des innovations numériques.

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