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Vincent Roirand (Mazedia) en route vers des parcours transmédia à l’échelle d’une ville

Vincent Roirand (Mazedia) en route vers des parcours transmédia à l’échelle d’une ville

 

Vincent Roirand est Pdg de Mazedia, un studio de création de sites web et applications mobiles principalement utilisées dans le domaine de la muséographie et de la médiation culturelle. Grâce à un savoir-faire acquis au fil des ans et une solide R&D autour des interfaces de navigation et des systèmes d’information à l’architecture complexe, il peut envisager aujourd’hui le développement international de sa plateforme d’édition transmédia. Explications.

IstoryLab – Comment en êtes-vous venus à vous spécialiser dans le développement d’applications numériques et sites web pour le marché patrimoniale et culturel ?

Vincent Roirand – Au début des années 2000, nous réalisions nos premiers projets à dimension culturelle, mais cette activité restait encore embryonnaire, autour de 25 % de notre chiffre d’affaires. Ce n’est qu’au tournant de la décennie que nous avons redoublé d’efforts sur le marché culturel et que bien nous en a pris, car, à chiffre d’affaires constant autour de 2,3 millions d’euros, nous avons désormais 85 % de notre activité qui provient de projets culturels. Il faut dire que nous sommes un des rares prestataires de ce secteur à disposer de 34 permanents avec des équipes dédiées soit au développement de sites web, soit à la conception d’applications mobiles.

MuseeConfluences

Le site web du Musée des Confluences a été réalisé par Mazedia à l’aide du CMS Drupal 7

Mieux, à la fin 2009, nous nous avons sommes dans la conception d’une plateforme d’édition transmedia (de l’application mobile au site web) que nous avons commercialisée en 2013 sous le nom de Wezit.io. Désormais, 24 clients l’ont déjà utilisée et nous comptons sur une croissance forte ses prochaines années. A terme, Wezit.io a vocation à devenir une plateforme d’édition transmedia vraiment universelle s’appuyant sur un back office solide et un DAM (Digital Management Systems) suffisamment puissant pour permettre de créer des applications modulaires et personnalisées dans une grande variété de cas de figure, avec une variété d’interactions et de gestion des médias propre à chaque terminal de consultation.

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Mazedia a réalisé en 2014 une véritable exposition en ligne pour les 350 ans du groupe Saint-Gobain qui s’appuie sur des infrastructures DAM solides

La grande souplesse de ce principe réside aussi dans le fait que les documents muséaux peuvent être soit stockés chez le client si celui-ci dispose de capacités de stockage suffisantes, soit dans le DAM de Mazedia. Nous avons conçu un dispositif reposant sur des nœuds d’interactivité communs entre tous les terminaux numériques en travaillant sur les correspondances entre les terminaux dédiées aux visiteurs de musées et aux internautes. Nous avons défini également des Application profiles (cf. profile mobile indoor, profile mobile outdoor, plusieurs profiles de bornes interactives, dalles multitouch…) permettant de choisir le meilleur scénario d’usage et la forme de narration interactive la mieux adaptée au terminal numérique utilisé.

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Le dispositif mis en place par Mazedia pour les 350 ans de Saint Gobain comprend un site web et une série de tables multitouch

L’objectif de cette plateforme est aussi in fine de permettre une expérience globale, comme d’approcher son smartphone d’une dalle tactile et que les contenus de cette dalle se personnalisent suivant l’expérience précédemment faite sur le mobile durant la visite. Il est ainsi possible d’élaborer des passerelles dynamiques entre scénarios interactifs tout au long d’une visite et entre plusieurs terminaux de consultation mobiles et fixes. Ce genre d’outils en ligne va véritablement permettre de renforcer la cohérence d’ensemble des expériences interactives d’un visiteur. Toutes les applications récentes réalisées par la Réunion des Musées Nationaux au grand Palais (Velazquez, Niki de Saint Phalle…) ont été conçues sur cette base là. Idem, pour le musée de la Libération de Paris où les contenus des tables multitouch ont été conçus à partir de notre solution. Nous avons aussi réalisé simultanément deux applications mobiles différentes (iPhone et iPad) dans le cadre de l’exposition “Signac, les couleurs de l’eau” au Musée Fabre à Montpellier(*).

ApplisSignacMobiles(*) “L’Atelier Signac” est une application créative, ludique et familiale sur tablette, tandis que l’autre “La Visite Signac” propose sur Smartphone via l’Apple Store de nombreux commentaires audio des œuvres réalisés par Paul Signac lui-même lors d’une visite au musée Fabre en 1897. 

Après cette phase où nous avons pris une position forte sur le marché des applications mobiles, nous pensons que la polyvalence de notre plateforme d’édition va nous permettre de déployer des dispositifs transmedia encore plus massifs. Notre objectif est de proposer des jeux de rôle multidevices. Il est possible aussi de proposer aux visiteurs de préparer sa visite de musée en amont sur le web, en l’aidant à créer un parcours sur-mesure au sein du musée qu’il retrouvera sur place via un enrichissement de médias ciblés sur place lors de sa visite. On peut aussi imaginer le partage sur le web et les réseaux sociaux de son parcours de visite, la co-création de parcours de visite… En extrapolant, il est possible déjà aujourd’hui de fournir aux touristes qui visitent une ville la possibilité d’avoir une application globale permettant de préparer sa visite d’une ville à l’avance sur le web et ensuite d’effectuer la visite en accédant in situ à des éléments d’une collection de musées. Dés lors qu’on parvient à relier entre elles les bases de données de collections de musées, il est possible d’imaginer que chaque musée d’une ville contribue à une application commune utilisant de la Réalité Augmentée.

Istorylab – Développer une telle plateforme informatique d’édition transmédia orientée métier demande forcément d’intégrer de nouvelles connaissances en matière de développement informatique, comment avez-vous fait pour acquérir ce genre de compétences ? 

Vincent Roirand – J’ai très vite réalisé des recrutements de haut niveau au sein de l’école des Mines et de Polytechnique, comme Sylvain Gommier qui pilote la partie Wezit.io. Autant que faire ce peu, j’essaie aussi d’être présent dans les projets de recherche les plus avancés dans le domaine du transmédia. Je pense fondamentalement que le modèle américain de la start-up qui a une bonne idée avant les autres en tant que clé de toute réussite est un leure. Le modèle que met en avant la Silicon Valley masque en fait les efforts considérables de R&D réalisés par les Universités américaines comme Standford, Berkeley ou Boston. Pour ma part, je suis intégré au compétitivité Images & Réseaux depuis sept ans et je ne suis pas dans la logique start-up, mais plutôt dans celle d’une PME au modèle familial qui cherche le développement durable avec des phases d’accélération technologique, comme aujourd’hui avec le déploiement de notre plateforme d’édition transmedia.

Versailles

Les jardins de Versailles, une appli réalisée à l’aide de Wezit Studio fait découvrir les secrets du lieu au travers d’une application mobile et d’un jeu de piste pour les enfants.

Cette proximité avec la R&D me permet par exemple de me dire qu’aujourd’hui la Réalité Augmentée est entrée dans une phase de développement des usages plus que de R&D qui nous intéresse moins alors que dans le domaine du big data et du cloud computing, l’analyse sémantique et la recommandation de contenus vers les utilisateurs finaux sont des domaines encore très porteurs de valeur ajoutée, pour celui qui aura une avance technologique dans ce domaine. Il faut savoir que toutes nos applications sont déjà basées sur des machines virtuelles installées dans des Data center sur lesquelles nous pouvons rajouter des fonctionnalités vite et à grande échelle.

Istorylab – Du coup, avec cette plateforme d’édition transmedia envisagez-vous d’avoir une avance suffisante pour vous développer à l’international ?

Vincent Roirand – Sur les métiers de la muséographie, nous sommes dans la même situation que dans l’univers du web en 2005. Avant cette date, les développements de sites web étaient fait sur-mesure. La nécessité fonctionnelle d’afficher très largement des contenus est alors devenue telle que des CMS (Content Management Systems) se sont déployés à grande échelle et ont conquis la quasi-totalité du marché du web. Pour notre part, nous considérons que la nécessité d’intégrer une scénographie numérique au coeur des parcours des visiteurs de musée est devenue incontournable qu’on s’oriente peu à peu vers l’usage de plateformes du type CMS dédié aux métiers de la scénographie muséale qui reste particulier. Pour autant, je ne crois pas trop à l’émergence de plateformes totalement opensource sur le marché de la muséographie, car on y manque encore de contributeurs pour maintenir et faire évoluer de telles plateformes. Le modèle propriétaire et orienté métier comme le notre va perdurer et se développer. Pour autant, il ne s’agit que d’une brique de base et nous comptons sur les musées et leurs prestataires dans les différents pays où nous commercialiserons notre solution pour enrichir les fonctionnalités de base de notre plateforme.

Istroylab – Est-ce que l’élargissement de la base des utilisateurs des applications numériques au quotidien n’est pas un facteur d’accélérateur de cette demande de numérique dans les musées ?

Vincent Roirand – On constate que quand les gens utilisent une application au quotidien, ils sont demandeurs de fonctionnalités évoluées. La visite des musées, elles, ne dure que deux heures et l’utilisateur est donc demandeur avant tout d’une navigation simple et fluide au sein de laquelle il ne doit pas faire d’effort de compréhension pour naviguer au sein des contenus. Il veut plutôt se laisser guider et qu’on lui propose des suggestions. Nous portons donc nos efforts à la fois sur la simplification des interfaces et sur la personnalisation des contenus. Cette recommandation de contenus liés à une visite se fera cependant dans la limite de l’acceptabilité des visiteurs qui ne veulent pas de personnalisation trop intrusives. Il y a notamment énormément de choses intéressantes à creuser sur les feedback des visiteurs, l’intérêt ou le désintérêt pour certaines parties d’un musée et comment y remédier.

D’une manière générale, je pense que les musées sont très en avance en termes d’expérience utilisateur in situ via des technologies comme la Réalité Augmentée, en revanche, concernant le back-office informatique de larges terrains restent encore peu explorés. En outre, les musées doivent prendre garde à bien organiser cette partie back-office informatique, car sinon il y a un fort risque d’obsolescence des applications créées. D’où la nécessité de s’appuyer sur des solutions stables et évolutives à long terme.

 

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Marc Bourhis

IstoryLab est un site de partage d'informations que je suis amené à récolter dans le cadre de mon activité consacrée à l'innovation numérique dans les domaines de la préservation et de la valorisation des patrimoines, de la médiation culturelle sur le web ou sous forme d'applications mobiles, in situ dans les musées ou les lieux touristiques ... Ces informations vous permettrons, je l'espère, de décrypter les nouveaux scénarii d'usage des innovations numériques.

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